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Traumatisme et Ayurvéda · 5 / 6
Quand une proie sent un prédateur, son premier réflexe est de le localiser. Le pire n'est pas de voir l'aileron : c'est de le voir disparaître sous la surface.
Pourquoi l'angoisse persiste-t-elle une fois le danger passé ? Uraga grahonmâda désigne, en psychologie ayurvédique, la configuration dans laquelle la menace traumatique, ne pouvant plus être localisée, se diffuse et devient indicible. La tradition la compare à un serpent. L'angoisse se déplace alors vers d'autres objets — un environnement de travail, une relation, un comportement de compensation — ou se manifeste par des somatisations. L'accompagnement ne porte pas directement sur le trauma, mais sur le rapport à soi qu'il a déformé.
Quand une proie sent un prédateur, son premier réflexe est de le localiser. Savoir où il est. C'est ce qui permet de fuir.
Le pire n'est pas de voir l'aileron. C'est de le voir disparaître sous la surface.
Le prédateur s'en va. La relation se termine, l'auteur des violences sort de la vie de la personne. On pourrait croire que l'angoisse cesse.
Elle fait l'inverse. Elle se diffuse. Faute de pouvoir se fixer quelque part, elle se répand. Elle se dilue dans tout ce qui reste. Et comme elle a besoin d'un objet, elle s'en trouve d'autres.
La menace n'est plus celle, directe et vitale, d'un homme violent. C'est devenu un environnement de travail toxique qui condamne à encaisser sans rien dire, jusqu'à l'explosion. C'est un voisin, une administration, une belle-famille. Quelque chose de moins mortel, mais de constamment présent.
Le déplacement passe aussi par les comportements de compensation, notamment autour de la nourriture. La logique est celle du contrôle : je suis capable de maîtriser ce qui me fait du mal. Une manière de reprendre la main sur une situation envahissante, en la ramenant à un objet qu'on peut, lui, tenir.
Il y a aussi les somatisations, cutanées en particulier. Le corps prend en charge ce que la psyché ne peut plus loger.
L'auteur se transforme peu à peu en menace diffuse, inconnaissable, indicible. Il se mêle aux angoisses les plus archaïques et joue avec les limites de la personne. La tradition dit qu'il réside au plus profond des enfers.
On compare ce type d'intrusion à un serpent : uraga grahonmâda.
Il n'y a plus rien à désigner. La personne ne peut pas dire « c'est lui » — il n'est plus là. Alors elle dit « c'est moi ». Mon rapport à la nourriture, mon incapacité à supporter mon travail, ma peau qui réagit, mes réactions disproportionnées.
Elle a intériorisé la menace au point de la confondre avec ses propres besoins. Ses pulsions, ses désirs, ses faims deviennent suspects. Quelque chose en elle serait dangereux.
Il ne porte pas directement sur le trauma. Il porte sur le rapport à soi et aux autres que le trauma a déformé.
Premier point : comprendre que les pulsions intérieures, les besoins, les désirs ne sont pas menaçants. Qu'ils peuvent être apaisés, adoucis, écoutés.
Le serpent n'est pas la faim. Le serpent, c'est ce qui a fait de la faim une chose honteuse.
Ensuite : défaire les loyautés toxiques. Permettre à la personne d'agir par elle-même et pour elle-même. Non plus comme extension de quelqu'un, non plus par réaction à ce qui a eu lieu.
C'est un travail lent, parce qu'il ne cherche pas à combattre quelque chose. Il cherche à rendre à la personne le droit d'avoir des besoins.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'uraga grahonmâda ?
Uraga grahonmâda désigne la configuration dans laquelle la menace traumatique, ne pouvant plus être localisée, se diffuse et devient indicible. La tradition la compare à un serpent. L'angoisse se déplace alors vers d'autres objets ou se manifeste par des somatisations.
Pourquoi l'angoisse augmente-t-elle parfois après la fin d'une relation ?
Parce que le réflexe d'une proie est de localiser son prédateur. Lorsque celui-ci disparaît, l'angoisse ne cesse pas : elle se dilue, faute de pouvoir se fixer. Elle se reporte alors sur d'autres objets, moins dangereux mais constamment présents.
Sur quoi porte l'accompagnement dans cette configuration ?
Il ne porte pas directement sur le trauma, mais sur le rapport à soi et aux autres que le trauma a déformé : comprendre que les besoins et les désirs ne sont pas menaçants, puis défaire les loyautés toxiques pour permettre à la personne d'agir par elle-même.
L'Ayurvéda peut-elle remplacer un suivi en psychotraumatologie ?
Non. L'Ayurvéda s'inscrit comme approche complémentaire et ne remplace en aucun cas un suivi médical ou psychologique. Aucun diagnostic n'est formulé, aucun traitement conseillé ou déconseillé. Si vous traversez les suites de violences, un accompagnement spécialisé en psychotraumatologie existe et reste la première ressource à mobiliser.
Avertissement
L'Ayurvéda s'inscrit comme approche complémentaire et ne remplace en aucun cas un suivi médical ou psychologique. Aucun diagnostic n'est formulé, aucun traitement conseillé ou déconseillé. Si vous traversez les suites de violences, un accompagnement spécialisé en psychotraumatologie existe et reste la première ressource à mobiliser.
Morgane Vasoni
Thérapeute et psycho-praticienne en Ayurvéda, formée auprès du vaidya Mahesh Mishra et de guérisseurs traditionnels en Inde et au Népal. Elle est l'auteure du seul ouvrage en langue française consacré à la Bhûtavidyâ, la psychologie ayurvédique traditionnelle, et reçoit au cabinet Castelviel à Albi ainsi qu'en téléconsultation.
Dernier volet de la série : Quand personne n’est là — la configuration la plus silencieuse, celle où la personne se retire de son propre corps. Preta et pishâcha grahonmâda.
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